Sécurité

Exercice d’évacuation incendie : obligations, déroulement et compte-rendu

évacuation incendie

Mardi, 10 h. L’alarme retentit, et la moitié du plateau reste assise. « C’est un test », souffle quelqu’un, et les écrans restent allumés. Si vous avez déjà vécu cette scène, vous savez qu’un exercice que l’on subit sans y croire ne vaut presque rien.

Le titre de cette page parle d’exercice annuel, c’est le mot que l’on lit partout. Il est faux, ou du moins dangereusement approximatif : pour la plupart des entreprises, le Code du travail demande un rythme de six mois. Nous allons voir ce que cela change, comment organiser la séance et ce qu’il faut écrire ensuite.

Un exercice par an ? Non, tous les six mois

La réponse tient en une phrase. L’article R4227-39 du Code du travail prévoit que les exercices et les essais périodiques ont lieu au moins tous les six mois. Leur date et les observations qu’ils ont suscitées sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspection du travail.

D’où vient alors l’idée d’un exercice par an ? Elle vient sans doute des habitudes prises dans certains secteurs, des règles propres aux établissements recevant du public, et de contenus qui se recopient sans vérifier. Les termes du Code restent d’ailleurs peu précis sur les modalités, et l’INRS recommande de s’en tenir à ce minimum de six mois. Nous préférons le dire franchement : se contenter d’une séance annuelle, c’est s’exposer à un contrôle perdu d’avance. Le tableau ci-dessous montre que le rythme dépend du type de lieu.

Type d’établissementRythmePoint de vigilance
Entreprise soumise à la consigne de sécurité incendieAu moins tous les six moisDate et observations à noter sur le registre
Établissement recevant du public (ERP)Exercices d’instruction du personnel, selon le type d’établissementDate portée sur le registre de sécurité (article MS 51)
Établissement scolaire (type R)Exercices pratiques au cours de l’année scolairePremier exercice dans le mois qui suit la rentrée, durée d’évacuation consignée
Établissement avec locaux réservés au sommeilExercices de nuit en plusScénario adapté à la présence d’occupants endormis

Reste une question que beaucoup de dirigeants se posent sans oser la formuler : à qui revient la charge de tout cela ?

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Qui doit organiser l’exercice, et qui est concerné ?

La responsabilité repose sur l’employeur, quelle que soit la taille de la structure. Dans les établissements où plus de 50 personnes peuvent être réunies, ou dès que des matières inflammables sont manipulées, une consigne de sécurité incendie doit être établie et affichée. Elle est obligatoire dans chaque local de plus de 5 personnes, et elle doit être communiquée à l’inspection du travail. Pour les autres, des instructions d’évacuation écrites restent exigées, et l’INRS conseille d’appliquer les mêmes périodicités.

Prenons une PME de 12 personnes en open space, avec deux intérimaires et un prestataire de passage. Chacun doit connaître le signal d’alarme, le chemin de sortie et le point de rassemblement, y compris la personne arrivée ce matin. Les équipiers d’évacuation (guide-files et serre-files) encadrent le mouvement. Les guides ouvrent la marche, les serre-files ferment les portes et vérifient que personne ne reste derrière. Cela se prépare, et c’est justement l’objet de la partie suivante.

Préparer l’exercice sans le dénaturer

Faut-il annoncer la date ou surprendre tout le monde ? Notre avis est tranché : pour un premier essai, mieux vaut un exercice prévenu et propre qu’un chaos impossible à analyser. La surprise garde son intérêt, mais seulement quand les équipes maîtrisent déjà les bases. Fixez ensuite des objectifs précis : temps d’évacuation, respect des consignes, efficacité des guides.

Avant le jour J, prévenez les sapeurs-pompiers pour éviter une intervention réelle. Pensez aussi à placer des observateurs munis d’un chronomètre, qui regardent sans gêner les déplacements. Voici ce qu’il faut réunir en amont :

  • la liste des équipiers d’évacuation désignés, avec leurs remplaçants en cas d’absence ;
  • le plan d’évacuation et la localisation du point de rassemblement ;
  • la liste des personnes présentes ce jour-là, visiteurs et intérimaires compris ;
  • un chronomètre et une grille d’observation pour chaque observateur ;
  • le scénario retenu (origine du feu, issue condamnée, zone supposée enfumée).
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Une fois ces éléments rassemblés, tout se joue en quelques minutes, que nous allons suivre pas à pas.

Le déroulé minute par minute

Tout commence par le déclenchement de l’alarme, dont l’heure exacte est relevée. Les occupants reconnaissent le signal, arrêtent leur activité et rejoignent les issues. Les guides-files orientent, les serre-files vérifient les pièces et ferment les portes sans les verrouiller. Chacun rejoint le point de rassemblement, où l’appel commence.

Plusieurs règles reviennent à chaque séance, et on les oublie vite : l’ascenseur est interdit, on ne retourne pas chercher ses affaires, et une zone supposée enfumée ne se vérifie pas en prenant des risques. Le retour dans les locaux se fait uniquement sur ordre du responsable. Voici l’enchaînement à suivre :

  1. déclenchement de l’alarme et relevé de l’heure ;
  2. réaction des occupants et début de l’évacuation ;
  3. passage des serre-files dans les locaux ;
  4. arrivée au point de rassemblement ;
  5. comptage des personnes présentes ;
  6. fin de l’exercice, puis débriefing à chaud.

Notre observation de terrain, que nous assumons : le moment où cela coince est presque toujours le comptage, rarement la sortie. Les gens sortent vite, mais personne ne sait qui manque. Pour que les gestes tiennent aussi sous la pression, il faut les entraîner par la formation.

Former les équipes pour que le réflexe vienne

Un exercice révèle des lacunes, il ne les comble pas. Tout le personnel doit savoir donner l’alerte, utiliser les moyens de premier secours et exécuter les manœuvres de mise en sécurité. L’INRS recommande de renouveler les essais de manipulation des extincteurs entre 6 mois et 3 ans, selon le risque, et de former rapidement chaque nouvel embauché.

Si vous cherchez par où commencer, une formation incendie en entreprise permet de passer de la théorie à la pratique, sur votre site, avec des scénarios proches de votre quotidien. Le module consacré aux guides et serre-files est celui qui se rapproche le plus de ce que nous venons de décrire.

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Neomis : un partenaire pour la sécurité incendie

Spécialiste de la formation en sécurité au travail depuis 2006, Neomis est certifié ISO 9001:2015 et Qualiopi. L’organisme intervient partout en France grâce à un réseau de plus de 500 formateurs et de 500 centres techniques, en inter, en intra, en distanciel ou en e-learning. Côté incendie, il propose la manipulation des extincteurs, l’équipier de première intervention et le module guide et serre-file, avec des exercices pratiques sur feu simulé ou réel. Les formateurs, souvent issus des sapeurs-pompiers, aident les équipes à transformer l’appréhension en gestes maîtrisés.

Former, c’est préparer le terrain. Reste à garder une trace de ce qui s’est passé, car sans écrit, l’exercice n’existe pas aux yeux d’un contrôleur.

Le compte-rendu : la preuve qui vous protège

Le compte-rendu formalise les observations et fixe les axes d’amélioration. Il alimente le registre que l’inspection du travail peut demander à voir lors d’un contrôle. Notre avis est sans détour : un compte-rendu rempli en dix minutes pour cocher une case est pire que pas de compte-rendu du tout, puisqu’il donne l’illusion d’un travail fait. Le tableau suivant propose une trame simple.

RubriqueInformation à noterExemple
Date et scénarioJour, heure, situation simuléeDépart de feu au deuxième étage, escalier B condamné
DuréeÉvacuation et recensementÉvacuation en 3 min, comptage terminé à 7 min
Personnes évacuéesNombre et statut12 salariés, 2 intérimaires, 1 visiteur
AnomaliesCe qui n’a pas fonctionnéPorte coupe-feu bloquée, alarme peu audible
Actions correctivesMesure, responsable, échéanceDégager la porte, tester l’alarme avant le prochain exercice

Ne laissez pas le document dormir dans un tiroir. Relisez-le avant l’exercice suivant : si une anomalie revient deux fois, ce n’est plus un incident, c’est une habitude. Parlons justement des erreurs qui reviennent le plus souvent.

Les erreurs qui ruinent un exercice

La plus coûteuse, selon nous, est l’exercice fait « pour la forme ». Tout le monde sort, personne ne chronomètre, rien n’est noté, et la séance ne sert qu’à rassurer. Mieux vaut un exercice court mais mesuré, avec au moins un observateur et un temps relevé.

Vient ensuite l’anomalie notée mais jamais corrigée. Une porte laissée ouverte ou un point de rassemblement ignoré de la moitié des équipes se règlent avec une personne désignée et une date limite. Troisième piège : ceux qui retournent chercher leur sac. Une consigne claire, répétée au début de chaque séance, suffit à calmer ce réflexe humain. Enfin, l’absence de suivi d’une fois sur l’autre, qui rend chaque exercice aussi inutile que le précédent.

Questions fréquentes sur l’exercice d’évacuation

Faut-il prévenir les salariés ?

Cela dépend de l’objectif. Un premier exercice gagne à être annoncé, un exercice de contrôle peut rester surprise, à condition que la direction et les secours soient informés.

Un exercice partiel compte-t-il ?

Il apporte de l’entraînement, mais il ne remplace pas l’évacuation complète tous les six mois. Notez-le tout de même sur le registre, avec ce qu’il a testé.

Que risque-t-on sans registre ?

L’inspection du travail peut mettre l’employeur en demeure puis relever l’infraction. L’amende prévue pour méconnaissance des règles d’utilisation des lieux de travail est de 10 000 euros, appliquée autant de fois qu’il y a de travailleurs concernés.

Peut-on tout faire en interne ?

Oui, si une personne compétente prépare, observe et rédige. Un regard extérieur reste utile pour repérer ce que l’habitude ne voit plus.

Le jour où ça brûle, on ne joue pas comme on l’espère, on joue comme on s’est entraîné.

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